« J’habite à République. Je suis là pour la minute de silence. C’est dur. Heureusement, je ne suis pas seul. Quand j’ai appris la nouvelle vendredi, j’étais entouré de mes amis et de mes cousins. Je suis arrivé du Maroc et me suis installé ici en septembre. Depuis, je prends des cours par le CNED. Le système scolaire français ne me convient pas. Je ne veux pas être un mouton, je ne veux pas rentrer dans le moule. Avec les cours par correspondance, il faut être discipliné. Pour le moment, je mets mes amis entre parenthèses. Pour la suite, je garde espoir. Il y a toujours de l’espoir. Il ne faut pas y renoncer. Ils veulent nous faire perdre espoir, mais il ne faut rien lâcher. Même si c’est violent de voir que ces horreurs ont lieu dans les endroits qu’on fréquente. Je devais aller au Petit Cambodge vendredi soir. Ma sœur s’est cassé le pied. On est restés à la maison. » Stan, 15 ans
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Quartiers populaires et médias : en finir avec les No Go Zones !
Dernière ligne droite avant le vernissage de l’exposition “Portraits de No Go Zones” ce jeudi ! Les tirages de contrôle sont OK. Prochaine étape: le tirage des grands formats… #excitation mais #trac quand même…
N'oubliez pas de vous inscrire : https://www.facebook.com/events/131071683912987/
“Je suis entraîneur de Boxe Thaï et boxeur professionnel. Je suis belge d'origine, mais j'habite en Thaïlande à Pattaya. Je suis arrivé en France en juin pour un combat que j'ai gagné d'ailleurs. Depuis, je donne des cours à Skarbowsky Gym. Ce quartier est très convivial, les gens se connaissent tous. Ils m'ont bien accueilli. La boxe, je m'y suis mis à l'âge de 10 ans. J'ai fait comme mon frère. J'adore ce sport, c'est très complet. Le ring, c'est le seul endroit où je n'ai pas honte de faire mal. Ce week-end, j'ai combattu et j'ai gagné 4 rounds. J'ai vomis un peu, mais c'est dû à un Red Bull que j'avais bu avant le combat. Une mauvaise idée. Mais bon, j'assume d'avoir mal. Les coups et les couleurs, ça ne discute pas, comme on dit dans le milieu. Dans un mois, je repars pour la Thaïlande. La France ne va pas me manquer. Il fait trop froid et il y a trop de règles ici…” Yassine, 21 ans - A retrouver sur sa page Facebook (attention aux coups…)
“J’ai connu la médiathèque grâce à une exposition sur Françoise Sagan. J’étais curieuse d’en savoir plus sur cette écrivain. Ce qui m’a marquée, c’est qu’au travers de la vie de Sagan, on voit comment la société a évolué. Il y a eu tellement de changements en soixante-dix ans ! Je dois dire que je m’interroge beaucoup sur notre époque. Qui peut vraiment savoir de quoi demain sera fait ? Surtout quand on voit l’état de la planète…Pour moi, c’est un grand point d’interrogation. Je ne veux pas non plus tomber dans le pessimisme : il faut continuer d’agir pour donner espoir aux jeunes générations. Et on peut tous agir à notre échelle. S’investir dans des actions de solidarité, créer du lien social. D'autant qu'il y a de moins en moins de lieux où les gens peuvent se rencontrer et se mélanger. Les médiathèques sont les derniers espaces à offrir cela aux citoyens. Avant, je fréquentais la mairie du 3ème arrondissement qui organisait chaque jeudi une projection de films gratuite. On se retrouvait, on parlait et on se cultivait dans une ambiance assez festive. Mais cette action s’est arrêtée faute de financement. C’est toujours la question de l’argent qui pose problème. Pourtant, on a tous besoin de lieux culturels. De lieux qui nous ouvrent l’esprit, nous font devenir plus tolérants. Plus curieux de l’autre… ” Flora 47 ans
J’ai rencontré Flora à la Médiathèque Françoise Sagan où j’organise une exposition des Portraits de No Go Zones. Venez nombreux au vernissage : https://www.facebook.com/events/131071683912987/
“Je reviens du Festival Alternatiba qui se tenait sur la Place de la République. C'était très bon enfant. J'avais l'impression de me retrouver lors de la mobilisation du 11 janvier dernier. Les gens étaient ensemble, sans agressivité. Réunis pour trouver des solutions contre le réchauffement climatique. Quand on voit ça, ça fait plaisir. Mais je ne suis pas sûr que l'environnement fasse partie des préoccupations des Français. La mobilisation pour le développement durable, elle se mesure quand les citoyens votent. Et jusqu'à présent, le bulletin de vote, il n'est pas très favorable à l'environnement… L'avenir de la planète, j'y pense surtout pour mes petites filles. Je suis retraité. J'ai donc du temps pour m'occuper d'elles. Je vais les chercher à l'école, je leur fais faire leur devoir. Autant vous dire que mon emploi de comptable de me manque pas du tout. Et puis, j'essaie de leur passer le goût de la lecture. Lire est un vrai enrichissement personnel. J'ai beaucoup appris en lisant. Par exemple, si vous lisez un livre sur le Paris d’antan, vous découvrirez que cette ville, avant, était un vrai coupe-gorge. Plus rien à voir avec ce qu'elle est aujourd'hui…” Gilles, 68 ans
“Je suis arrivé à Belleville, il y a 7-8 ans. Je suis amoureux de ce quartier ! Avant, j'habitais dans le 9ème… Aucun intérêt sur le plan humain. C'est bien simple, si vous devez choisir entre un café tenu par un rebeu qui vous balance du soleil à la gueule, et un café tenu par un Français, qui fait la gueule… eh bah, y a pas photo ! Des cafés avec des gens qui vous sourient, y en a plein ici ! Et moi, des sourires, j'en ai besoin. Je suis prof de dessin pour des élèves de CAP. Faut pas croire, des jeunes de 16-17 ans qui font des trucs supers et qui ont le sens artistique, ça existe ! Je vais bientôt partir à la retraite et j'aimerais rester ici, mais l'air de Paris n'est pas fait pour les retraités… Faut se le dire : on va crever de la pollution ! Alors, oui, quand on arrive dans le quartier, on ne veut plus en partir… sauf pour prendre l'air frais” Philippe, 62 ans
“J’habite ici depuis 1998, j’ai grandi dans ce quartier. Tous mes amis y habitent. Je m’y sens bien. Oui, quand on est dehors, on peut parler un peu fort et faire un peu de bruit, mais c’est pas méchant. Les gens s’arrêtent à ce qu’ils perçoivent et à leurs peurs. Ils ne viennent jamais nous voir pour en parler. En tout cas, moi, j’ai confiance en l’avenir. Je commence une formation de VTC d’ici un mois. J’ai choisi ça plutôt que taxi parce que la licence coûte dix fois plus cher… J’ai pas peur des réactions des taxis ! Ça va, ça s’est un peu calmé depuis leurs manifestations. Moi ce que j’aime dans ce métier, c’est la relation à la clientèle. Avant, j’étais chauffeur livreur pour la Poste à Paris. J’ai jamais vraiment ressenti de stress de la circulation, mais ce qui me manquait quand je faisais ça, c’était le contact avec les clients. Mais quand je serai chauffeur VTC, je pourrai parler avec les gens…” Adil, 22 ans
“J’habite le quartier depuis 2001. C’est propre, les jeunes me connaissent et ne m’ont jamais fait de problème. Je dirais même que ce quartier est chic ! Même si les gens sont gentils, je n’ose pas trop aller vers eux. Je ne sais pas comment les approcher. Je suis très timide vous savez ! Alors je passe mes journées chez moi. Je suis femme au foyer. J’ai arrêté de travailler il y a longtemps. J’ai des problèmes de santé : mon dos me fait mal ! J’occupe mes journées avec la télé, je fais mon ménage – jamais avec de la javel : ça attire les cafards ! Et puis, je fais des petits plats pour mon mari. Il est cambodgien. Je l’ai rencontré il y a 34 ans en boîte de nuit et depuis, on ne s’est jamais séparés. Là, on s’est offert des vacances sur la Côte d’Azur. Tous les soirs, je me faisais belle… Mais depuis mon retour, je suis triste : ma gardienne d’immeuble s’en va. Elle était tellement efficace et à l’écoute. Elle va vraiment me manquer ! ” Brigitte, 56 ans
“Je vis ici depuis que je suis née. Ce quartier est synonyme de respect et de fraternité entre les gens. C'est multiculturel et on arrive à cohabiter ensemble. Comme quoi c'est possible ! Malgré tout, je vais devoir le quitter. Pour moi, mon avenir n'est pas en France. Il y a trop d'hypocrisie et de discrimination. Les employeurs se basent trop sur nos origines, les écoles où on a étudié, les diplômes que l'on a. Si tu viens d'un quartier populaire, tu auras du mal à faire ce que tu veux dans la vie professionnelle. Moi, je cherche un boulot et j'ai essuyé plusieurs refus. Heureusement, il y a les associations de quartier où tu peux en discuter, elles t'encouragent et tu reprends ta recherche d'emploi. Tu te dis que c'est pas la fin du monde. Mais là, j'en ai marre. Je peux pas rester quelque part où je sais que je vais rester au chômage. Alors en janvier, je vais essayer de partir à Londres pour être fille au pair. Essayer et voir autre chose. Pour m'immerger dans une autre culture…” Christelle, 26 ans